Ajouter un commentaire

Faut-il simplifier les prix de transfert ?



Par Jean-Luc Trucchi, Avocat Associé et Nirina Randrianaivo, Avocat, Taj, membre de Deloitte Touche Tohmatsu Limited

Le but ultime de la règlementation des prix de transfert est d’éviter les conflits de souveraineté nés des doubles impositions. Dans un contexte où le commerce intragroupe représente près de 60 % du commerce mondial (données OCDE) vouloir simplifier ces règles en se passant du principe de pleine concurrence est tentant, mais existe-t-il véritablement des mécanismes réalistes à la fois pour les entreprises et les Etats pour y arriver ?

Les arguments militant pour une simplification pourraient paraitre évidents

Le principe de pleine concurrence implique que les prix de transfert soient déterminés comme si les entités d’un groupe multinational étaient des entreprises indépendantes. Pour beaucoup, outre le fait que ce principe n’est pas assez précis et augmente dès lors la perte de revenus taxables des Etats, la recherche de sociétés comparables pour établir un prix de pleine concurrence est une activité chronophage, rendue difficile par l’absence de bases de données dans certaines parties du monde et par la raréfaction des sociétés comparables au sens de l’OCDE.

Pour cette raison, les solutions alternatives au principe de pleine concurrence ont donc pu être proposées telles que la méthode de la taxation globale ou encore celle de la marge fixe.

Suivant la méthode de la taxation globale, la répartition du revenu global d’un groupe multinational est calculée selon des formules prédéterminées basées par exemple sur une combinaison du chiffre d’affaires, des actifs, des salaires et des autres coûts.

La méthode de la marge fixe, adoptée par le Brésil est quant à elle fondée sur des formules mathématiques et une marge définie par la loi. Si en théorie, les contribuables brésiliens peuvent formuler une demande pour l’application d’un taux différent, depuis l’entrée en vigueur en 1997 de ces nouvelles règles, aucune de ces demandes n’a été acceptée.

Ces méthodes alternatives ont en commun de permettre aux entreprises et aux administrations de s’affranchir de l’analyse fonctionnelle exigée par le principe de pleine concurrence et, de la recherche de transactions comparables indépendantes dont les prix forment la base des revenus déterminés selon le principe de pleine concurrence.

Autrement dit, ces nouvelles méthodes viendraient supprimer toute connexion entre les prix de transfert et les marchés dans lesquels évoluent les entreprises, c’est à dire à marginaliser le commerce intragroupe des échanges mondiaux

Ce souhait de simplification traduit cependant une méconnaissance profonde de la réalité

Les solutions alternatives au principe de pleine concurrence qui se veulent plus efficacement protectrices de la base taxable des administrations ne sont pas justes, en plus d’être irréalistes.

En effet, l’instauration d’un taux d’imposition unique avec une clé de répartition des recettes fiscales conduira à ce que des administrations soient lésées par rapport à leur situation actuelle.

De plus, s’agissant de la méthode de la répartition globale, elle s’appuie sur le postulat que les administrations fassent preuve d’une grande coopération entre elles afin de s’accorder sur la formule qui déterminera la manière de répartir les revenus taxables. Or une telle coopération est loin d’être acquise, ce qui rend d’ailleurs de facto inapplicable cette méthode. Sans compter, par ailleurs, que la détermination préalable d’une formule permet de connaître à l’avance les gagnants et les perdants.

Ainsi, les solutions alternatives se caractérisent par l’économie d’une réflexion qui participe pourtant de la richesse de la matière des prix de transfert.

Force est donc de constater qu’en dépit de ses imperfections, le principe de pleine concurrence constitue une norme internationale qui attribue aux différentes administrations fiscales une part équitable des revenus taxables des entreprises implantées sur leur territoire.

De plus, ce principe est néanmoins relativement flexible si on se réfère aux mises à jour de 2010 des principes OCDE qui avaient vocation à tenir compte des difficultés rencontrées dans l’application des règles régissant les prix de transfert.

En résumé, il faut garder à l’esprit qu’en matière de prix de transfert, comme dans beaucoup d’autres domaines, trouver une solution simple à un problème complexe est souvent une erreur.

Aucun commentaire
ds Ajouter un commentaire

Auteurs

Jean-Luc Trucchi - Taj
Jean-Luc Trucchi a fondé et dirigé pendant cinq ans la brigade de l’Administration fiscale française spécialisée dans les contrôles fiscaux internationaux et les prix de transfert. Diplômé de l’ENI, (...)

Mots clefs




Recevoir la lettre d'information

Liste de diffusion


La fiscalité française vue d’Italie

Interview de Gianmarco Monsellato

Le 8 janvier 2013, Gianmarco Monsellato répondait aux questions d’une journaliste de la chaîne de télévision italienne Rai 3 à propos de la fiscalité française.

Le reportage de Rai 3

La guerre fiscale entre Etats aura-t-elle lieu ?

Le 13 décembre 2011, Gianmarco Monsellato s’exprimait sur Radio Classique à propos de la bataille que se livre les États pour appréhender la plus grande part possible de recettes fiscales liées au commerce intragroupe qui représente aujourd’hui environ 60% du commerce international.

IMG/mp3/3-20111213_074737_d466_1_classique.mp3
Le sujet sur le site des Echos TV

NOUS PUBLIONS

Taj et le Cercle des Économistes se sont pour la seconde fois associés pour une publication exceptionnelle sur les grands enjeux de la fiscalité intitulée : "Fiscalité et Croissance".

Fruit de la coopération entre le monde académique et celui du conseil, ce livre présente un tour d’horizon des relations entre la fiscalité, les facteurs déterminants de la croissance et du dynamisme de l’économie et l’emploi et propose plusieurs pistes de réflexions sur les réformes fiscales susceptibles à la fois de favoriser la croissance et de restaurer les finances publiques.

Fiscalité et Croissance

La fiscalité française, inadaptée à la compétition internationale ?

Jeudi 8 octobre, Michel Aujean s’exprimait sur BFM à propos du rapport remis la veille par le Conseil des prélèvements obligatoires, rattaché à la Cour des comptes, critiquant la structure des taxes pesant sur les sociétés et l’efficacité de certains allègements ou exonérations.

IMG/mp3/BFM_-_Interview_Michel_Aujean_081009.mp3
Le sujet, sur le site de BFM


Derniers commentaires

Qui sommes-nous ?
Par Nicobinot, le 22 mai 2013

Vous exposez votre argumentation avec pertinence. Mes compliments. Nico qui gère cette page sur les livrets épargne



Equipe


International Tax Conference : European Tax Systems Coordinated for Growth ?

A la suite de la conférence fiscale internationale organisée les 15 et 16 juin 2009 par la Confederation of Swedish Enterprise à Stockholm, vous trouverez ci-dessous un lien vers les différentes présentations des intervenants.

Par ailleurs, cliquez ici pour obtenir le discours prononcé par le Commissaire Kovacs en ouverture de cette conférence ainsi qu’un compte-rendu sommaire publié dans le Tax Analysts du 24 juin 2009.

PRESENTATIONS DES INTERVENANTS

Rencontre avec des dirigeants de grandes entreprises

Mardi 28 avril, le Pôle Prospective Fiscale et Stratégie d’Entreprise a organisé un dîner-débat réunissant chefs d’entreprises et économistes autour du thème de la fiscalité et de la sortie de crise. Michel Aujean et Gianmarco Monsellato, accompagnés de quatre représentants du Cercle des économistes, Agnès Bénassi-Quéré, Christian de Boissieu, Jean-Hervé Lorenzi et Christian Saint-Etienne, ont présenté à plusieurs dirigeants de grandes entreprises la démarche du pôle et dessiné quelques pistes pour sortir gagnants de la crise.

Cette première initiative vise à étendre progressivement le débat aux acteurs de la fiscalité, en leur qualité de praticiens, d’experts ou d’acteurs importants de l’économie française.


© Taj 2010 | Mentions légales | Site réalisé avec SPIP | Contact